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Sankara

Du 8 septembre au 15 octobre 2007, date anniversaire de la mort de Thomas Sankara, une Caravane internationale portant son nom parcourt le monde pour commémorer sa mémoire et réclamer que toute la lumière soit faite sur sa disparition. Son passage au pouvoir de 1983 à 1987, peut se résumer à cette phrase : « un homme intègre qui voulait faire de son pays un modèle ».

Trente ans après sa mort, son combat demeure cher au cœur de la jeunesse africaine. Instigateur de changement du nom de la Haute-Volta à Burkina Faso (qui signifie pays des hommes intègres), Sankara voulait redonner au Burkina Faso une dignité, une autonomie et une indépendance économique, d’où son mot d’ordre : « consommons Burkinabé ».

Né le 21 décembre 1949 à Yako, en Haute-Volta, Thomas Sankarafait d’abord une carrière militaire, notamment à Madagascar à l’école des officiers. Il assistera en 1972 à la révolution qui renversera le régime néocolonialiste en place. Selon l’auteur Pascal Labazée : « ici naissent ses idées d’une révolution démocratique et populaire »(1).

La société de Sankara 

Comme plusieurs autres pays du continent noir, la Haute-Volta n’était pas autosuffisante et dépendait de l’aide économique internationale. Partant de ce constat, Thomas Sankara se sentait investi d’un devoir : celui de faire la révolution, ce qui consistait à mettre en place une véritable économie nationale et à tenter de libérer le pays des pressions extérieures, tant politiques qu’économiques.

Thomas Sankara accède à la tête du pays par un coup d’État, sans effusion de sang, en 1983. Très vite, ce progressiste convaincu dont l’idéologie est un mélange de marxisme, de panafricanisme et d’humanisme, va imposer son style et ses idées à la vieille Haute-Volta. Le temps des réformes a sonné et Sankara veut aller vite. Selon lui : « le sous-développement peut être résolu si l’économie est centrée sur les besoins des populations (agriculture vivrière, petite manufacturière) et sur les atouts du pays (dynamisme du monde associatif) (2) ». Mais c’est surtout l’intégration des exclus du jeu social qui permettra l’essor du pays, c’est-à dire les paysans et les femmes.

Le jeune président commence rapidement les réformes qui vont faire du Burkina Faso une sorte de modèle de développement autonome. Tout d’abord, il veut montrer l’exemple d’un gouvernement proche du peuple et exige une diminution du train de vie des dirigeants. Lui-même troque la limousine pour une petite compacte.

Thomas Sankara mise sur l’éducation et la santé comme piliers de sa révolution. Une campagne de construction d’écoles et d’hôpitaux va se mettre en branle, ce qui enthousiasme la population. De plus, une campagne massive de vaccination dans l’ensemble du territoire fait chuter le taux de mortalité infantile, alors le plus haut d’Afrique(3). Enfin, il entame une campagne de reboisement extraordinaire par la plantation de millions d’arabes, sans oublier la grande reforme agraire menant à une redistribution des terres qui est saluée par les paysans.

En plus de ces réformes déjà colossales, Sankara va se lancer dans d’autres projets de taille, à savoir : l’émancipation de la femme, la lutte contre la corruption et le changement des mentalités du peuple, en particulier des coutumes féodales de la chefferie. Pour Thomas Sankara : « il n’y a pas de révolution sociale véritable que lorsque la femme est libérée »(4). L’émancipation de la femme sera l’un de ses chevaux de batille, en particulier son combat contre l’excision. Mais si l’émancipation des femmes fait l’unanimité chez la population, la lutte contre la corruption et les changements de mentalités ne se font pas sans conséquences.

Les limites et ratés d’un rêve 

L’histoire démontre que tout changement dans une société ne peut se faire sans résistance. Or, la révolution sankariste est une rupture radicale des mentalités et des rigidités culturelles. De plus, le jeune capitaine veut aller vite dans un pays où presque tout était à refaire. Ce « rouleau compresseur » qui est Sankara va inévitablement s’exposer à la trahison, à l’impatience des uns et à l’incompréhension des autres. Conscient des menaces qui le guettent, Sankara ira de l’avant, croyant à tort ou à raison que la fin justifie les moyens.

La lutte contre la corruption dans la fonction publique et parapublique a démontré les limites de la révolution. En effet, les nombreux tribunaux mis en place pour faire la lumière sur les pratiques et avoirs des dirigeants causent du mécontentement chez des centaines de fonctionnaires.

De plus, les comités de défense de la révolution (CDR), implantés dans les régions, étaient connus pour leurs excès et avaient les coudées franches pour appliquer les reformes, ce qui va heurter de front la puissante chefferie traditionnelle. Enfin, arrivé au pouvoir par un coup de force, Sankara n’hésite pas à faire emprisonner certains opposants, notamment syndicaux.

Thomas Sankara est assassiné le 15 octobre 1987 par un commando, supposément dirigé par son meilleur ami, Blaise Compaoré. Une marée humaine défile dans les rues d’Ouagadougou, capitale du Burkina Faso, et de partout en Afrique pour pleurer celui que la foule surnomme : « l’enfant chéri  ».

Sankara incarne, dans la mémoire historique de millions d’Africains, l’espoir d’un changement basé sur la seule contribution de nos propres forces. Il laisse, à la jeunesse africaine, l’exemple du possible et de l’intégrité. D’ailleurs, au Burkina Faso, certains groupes d’opposition se réclament des idées sankaristes. Pour l’auteur Benito Perez : « les seuls reproches qu’on pourrait lui faire, c’est d’avoir accédé au pouvoir trop jeune et d’avoir voulu aller trop vite dans une situation difficile ». Mais, en s’identifiant à l’homme et à ses idées, la jeunesse africaine n’est-elle pas en train de dire qu’il a réussi ?



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