Un dictateur à Montréal?

 

 

Un dictateur à Montréal? 

Propos recueillis par William Gogas Lirette

 

Chargé de cours au sein du département dhistoire de lUniversité de Montréal, Luca Sollai fait partie dun comité dItaliens rédigeant une pétition en lien avec une fresque présente dans l’église Notre-Dame-de-la-Défense dans la Petite-Italie exposant le dictateur italien déchu Benito Mussolini.

 

 

Un dictateur à Montréal? 

 

Chargé de cours au sein du département dhistoire de lUniversité de Montréal, Luca Sollai fait partie dun comité dItaliens rédigeant une pétition en lien avec une fresque présente dans l’église Notre-Dame-de-la-Défense dans la Petite-Italie exposant le dictateur italien déchu Benito Mussolini.

 

 

Quest ce que le fascisme et qui est Mussolini?

 

Le fascisme était une idéologie politique de droite qui eu naissance en Italie à la fin de la Première Guerre mondiale. À la tête de ce système autoritaire se trouve Mussolini qui gouverne l’Italie de 1922 jusqu’en 1943. Sous son règne, l’Italie évolue progressivement d’une monarchie constitutionnelle en véritable dictature où toutes oppositions au régime se voient durement et violemment réprimées. Par ailleurs, pour rehausser le patriotisme et redonner un sentiment de fierté nationale, Mussolini se projette dans un expansionnisme à l’étranger.

 

Il est aussi important de mentionner que l’Italie est la genèse européenne du fascisme et qu’Hitler percevait Mussolini comme son modèle de référence. Il y avait même une certaine vénération qu’Hitler éprouvait pour son homologue italien, surtout au début de leur carrière politique.

 

Et le fascisme à Montréal?

 

Étant un pays jeune à l’époque (unifié au XIX siècle), l’Italie connaît un attachement régional plutôt que national. Mussolini réussi donc à inverser la tendance, contrôlant beaucoup pour y arriver le patriotisme avec la fascisme.

 

Toujours est-il qu’au fur et à mesure que les relations entre l’Église italienne et Mussolini se normalisent (avec les accords de Latran), l’Église catholique italienne de Montréal appuie le régime fasciste, apportant comme de fait une légitimation importante aux yeux de la communauté italo-montréalaise. De plus, plusieurs associations italiennes sont influencées par le fascisme du fait que l’État qui les finance en est un. Signalons aussi que certaines personnalités montréalaises ont été sympathisantes au fascisme, dont Camilien Houde. Certes, l’ex maire de Montréal en a fait beaucoup pour aider la communauté italienne mais il reste qu’il s’entendait avec des idées qui étaient assez proche de l’idéologie fasciste. Enfin, certains journaux, en particulier LItalia Nuova, font l’éloge du fascisme à Montréal. Pour résumer, la communauté italienne montréalaise est l’objet d’une propagande émanant de différents milieux. Compte tenu de ce qui précède, il semble adéquat de dire que les Italiens à Montréal endurent et subissent linfluence du fascisme.

 

 

Quel est le contexte derrière la fresque? Quest ce quelle représente?

 

La fresque représente la signature des accords de Latran. Ces accords règlent la dispute de près de 60 ans entre l’Église catholique et l’État italien après que celui-ci annexa de force Rome en 1870 pour compléter l’unification italienne. On peut donc affirmer que Mussolini met fin à la querelle et la fresque est en ce sens une célébration de cette conclusion. Ainsi, le dictateur est exposé comme représentant du pouvoir civil italien. Cependant, la fresque présente 4 autres chefs fascistes qui avaient guidé la marche sur Rome en 1922. Par conséquent, il y a aussi une légitimation apposée au gouvernement fasciste.

 

Peinte en 1931 par l’artiste italien le plus populaire d’Amérique du Nord, Guido Nincheri, la présence de Mussolini lui est imposée. D’ailleurs, le prêtre Maltempi de l’église Notre-Dame-de-la-Défense est un ardent fasciste!

 

Quoi faire aujourdhui avec la fresque?

 

Selon moi, il est important de conserver la fresque parce qu’elle témoigne un passage historique important, soit les accords de Latran. Cependant, le problème principal réside dans la présence de Mussolini. Précisément, à savoir comment l’expliquer. Présentement, l’église n’explique que brièvement sa présence et de façon assez réductrice: on mentionne qu’il était très bien vu à l’époque et que c’était avant son alliance avec Hitler. Or, Mussolini était déjà un dictateur. Il avait déjà entamé une conquête en Libye en plus d’avoir éliminé plusieurs opposants politiques.

 

Par exemple, le prêtre antifasciste Don Giovanni Minzoni avait été assassiné par les fascistes en 1923. Italo Balbo, un des chefs fascistes présent sur la fresque, est suspecté d’avoir commissionné ce meurtre. À l’évidence, la fresque manque clairement de contextualisation!

 

Comme comité, on veut la présence de plaques explicatives écrites par des historiens sur le parcours de Mussolini comme dictateur, la réécriture du pamphlet explicatif de l’église, une plaque commémorative pour Don Minzoni et une plaque commémorative à l’extérieur pour tous les soldats canadiens morts en Italie pendant la Deuxième Guerre mondiale.

 

Sans contextualisation, le parcours de l’Église catholique semble imbriqué avec le fascisme. Notre démarche sert donc aussi à diviser leur itinéraire pour ainsi mieux les comprendre. On doit aussi sortir du mythe nostalgique et de la façon romantique d’expliquer que le fascisme allait bien jusqu’au moment de l’alliance avec l’Allemagne nazie. Non, on parle d’une dictature bien établie où crimes, suppressions des libertés individuelles et des oppositions politiques étaient de mise. Il était sans aucun doute très populaire mais ça n’enlève pas le fait qu’on fait face à un régime autoritaire et dictatorial.

 

Pour terminer, on ne cherche pas à condamner les Italo-Montréalais de l’époque, au contraire. C’est plutôt une façon dynamique de relancer le débats sur certains thèmes et pour faire des discussions sans avoir une attitude de fermeture. On ne veut ni effacer l’histoire ni culpabiliser la communauté italienne de l’époque. On veut simplement contextualiser la fresque en saisissant l’opportunité éducative.

 

 

La fresque où lon retrouve Benito Mussolini, réalisée par Guido Nincheri en 1931 dans l’église Notre-Dame-de-la-Défense dans larrondissement de Rosemont-La Petite-Patrie

Photo: © Sandra Cohen-Rose et Colin Rose

 

Restez à l’affût de la pétition misant à mieux contextualiser la présence du dictateur Mussolini!

 

Lien vers un dossier portant sur la communauté italienne à Montréal, créé par le Centre d’histoire de Montréal:

https://ville.montreal.qc.ca/memoiresdesmontrealais/les-italiens-de-montreal

Propos recueillis par William Gogas-Lirette

Lien vers un dossier portant sur la communauté italienne à Montréal, créé par le Centre d’histoire de Montréal:

https://ville.montreal.qc.ca/memoiresdesmontrealais/les-italiens-de-montreal

Mussolini
Mussolini à l’honneur à Montréal

 



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