Grande finale du Mois de l’histoire des Noirs : Bénita Jacques honorée au gala « Ô Mer Patrie » après une tournée de 11 projections au Québec

MONTRÉAL — Février s’achève sur une note de célébration et de reconnaissance pour la cinéaste et conférencière Binita Jacques. Au terme d’une tournée de 11 projections à travers le Québec de son film L’Afrique, Berceau de l’Humanité et des Civilisations Modernes, l’autrice a été mise à l’honneur lors du gala « Ô Mer Patrie », organisé par la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal (SSJB) à la Maison Ludger-Duvernay.

Dans la salle, l’atmosphère avait des allures de conclusion solennelle du Mois de l’histoire des Noirs : applaudissements nourris, poignées de main, photos officielles. « Quelle fierté de conclure ce mois de février sous le signe de la reconnaissance et du succès ! », a lancé Mme Jacques, encore portée par l’élan d’un parcours qu’elle qualifie d’« exceptionnel ».

La tournée, qui a jalonné plusieurs villes québécoises, a servi de fil conducteur à ce mois de commémoration. À chaque arrêt, le film — un plaidoyer pour replacer l’Afrique au centre de l’histoire mondiale et des héritages contemporains — a suscité discussions et échanges avec le public. Pour l’artiste, l’objectif dépasse la seule projection : il s’agit de créer un espace où mémoire, éducation et dialogue se rencontrent.

C’est dans ce contexte qu’est survenue l’invitation au gala « Ô Mer Patrie », tenu à la Maison Ludger-Duvernay, siège emblématique de la SSJB. L’événement, piloté par la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, mettait en lumière des parcours contribuant à la vitalité de la langue française et à l’essor de la société québécoise, en particulier au sein des communautés issues de l’immigration et des diasporas francophones.

Au cours de la soirée, Binita Jacques a reçu la Médaille de reconnaissance de la SSJB, remise par la présidente Marie-Anne Alepine. Un Certificat hommage lui a également été décerné par le député Mario Beaulieu. « C’est une reconnaissance puissante », a résumé la récipiendaire, qui y voit l’écho direct du travail de terrain mené tout au long du mois.

Mme Jacques a notamment rappelé la projection du 19 février dernier, organisée par M. Beaulieu à la Maison de la culture, qu’elle décrit comme « mémorable ». À ses yeux, ces gestes institutionnels — la programmation culturelle, puis l’hommage public — participent d’une même dynamique : reconnaître des œuvres qui nourrissent le débat citoyen et renforcent les ponts entre les communautés francophones.

Sur scène, entre les allocutions et les salves d’applaudissements, la cinéaste a pris le temps de saluer le travail collectif derrière sa démarche. Le ton était à la fois personnel et rassembleur : remercier le Québec « pour cet accueil » et souligner que la reconnaissance, au-delà des trophées, vient aussi valider des années de persévérance et d’engagement artistique.

« Honneur à mes pairs », a-t-elle insisté, en adressant des félicitations appuyées aux autres personnes honorées au cours de la soirée : Jean-Pierre Chancy, Michel Adrien, Nicolas Démosthène, Dorette Mekamdjio, Jean Ernest Pierre, Ninette Piou, Dickens Saint-Vil, Carine Durandis, Lamine Touré — ainsi qu’elle-même, qu’elle a décrit, avec un trait d’humour, comme « la plus vieille de tous ».

Pour la SSJB, ce type d’hommage vise à mettre en récit des trajectoires qui, par leur création, leur engagement ou leur rayonnement, enrichissent le Québec d’aujourd’hui. Dans un contexte où la place du français demeure un enjeu majeur, l’apport des communautés noires et des francophonies venues d’ailleurs s’inscrit, selon les organisateurs, dans une continuité : faire vivre la langue en la portant dans les arts, les institutions, la transmission et la participation publique.

Au Québec, le Mois de l’histoire des Noirs est l’occasion, chaque année, de multiplier les activités culturelles et éducatives autour des héritages africains et afrodescendants. Dans ce paysage, la démarche de Mme Jacques s’insère comme une proposition de lecture historique et contemporaine, portée par le cinéma et la rencontre directe avec les publics.

En refermant ce « mois de février sous le signe de la reconnaissance », Binita Jacques retient surtout l’idée d’un chemin partagé. « Reconnaître nos parcours, c’est affirmer que nous bâtissons ensemble un avenir commun », a-t-elle conclu, remerciant les partenaires et le public qui ont accompagné la diffusion de son film. Après 11 projections et une distinction symbolique au cœur de Montréal, la créatrice repart avec, dit-elle, un soutien « indéfectible » envers son œuvre — et l’envie de poursuivre la conversation, bien au-delà du calendrier commémoratif.