Le drame silencieux des régimes de retraite

Le drame silencieux

On pense souvent, à tort, qu’une vie de travail garantit une vieillesse digne.

Des décennies de travail et de cotisations peuvent souvent aboutir à une mort à 65 ans ou 66 ans. Le drame silencieux des régimes de retraite mérite un débat honnête et urgent.

Une femme meurt à 65 ans avant d’encaisser un seul chèque de prestations. Elle et son employeur ont cotisé au régime pendant près de 50 ans et elle n’a rien touché.

Gardez en tête toutes les personnes qui travaillent et qui meurent chaque année après avoir cotisé au régime, sans jamais rien recevoir. Aux yeux de leurs proches et de nombreux travailleurs, le constat est brutal.

Chaque année, des milliers de personnes meurent peu avant ou peu après l’âge de la retraite. Elles ont travaillé, contribué et espéré pouvoir jouir d’un temps de repos bien mérité, tout en recevant des prestations suffisantes pour leur garantir une vieillesse confortable — avec au moins ce qu’elles percevaient comme « leur argent ». Or, cette perception reflète une compréhension imparfaite des régimes publics de pension.

Que sont les régimes de retraite publics?

Ces régimes fonctionnent selon un principe de répartition : les cotisations des travailleurs actuels servent à payer les prestations de retraite actuelles.

Le bon côté du régime actuel, c’est qu’il offre aussi des prestations d’invalidité en cas d’accident, des pensions de survivants, et du soutien aux aidants naturels (par exemple après un accident de la route). C’est un régime collectif — mais où le risque est individuel. Il protège contre les aléas de certains parcours de vie entachés par la maladie, le chômage ou les bas salaires.

Cela étant dit, les prestations publiques actuelles sont insuffisantes, à elles seules, pour assurer une vieillesse décente.

Quand le coût de la vie rattrape les retraités

Les loyers explosent, les médicaments coûtent de plus en plus cher, les soins à domicile sont insuffisants. L’indexation des rentes est souvent en deçà de l’évolution des dépenses (alimentation, vêtements, etc.). Ainsi, des aînés qui ont travaillé toute leur vie se retrouvent sous le seuil de la pauvreté — parfois même en situation d’itinérance. C’est ce que je qualifie d’échec collectif et politique.

Des choix politiques à repenser

Gouvernements après gouvernements, élections après élections, les contribuables se voient promettre des priorités budgétaires susceptibles d’améliorer les conditions de vie des citoyens les plus vulnérables. À chaque élection, les candidats de tous les partis politiques font du porte-à-porte pour promettre d’investir dans le logement social; de faire en sorte que le communautaire soit capable d’offrir des salaires comparables à la fonction publique; d’investir dans les industries de pointe en technologie et en science, créatrices d’emplois bien rémunérés; d’investir dans l’éducation des jeunes; d’investir dans le sport, la culture et le loisir afin de garantir des emplois durables et bien payés susceptibles d’augmenter les cotisations aux fonds de pension; de renforcer les régimes publics; d’améliorer les pensions de vieillesse et les indemnités (accidentés de la route ou autres invalidités), tout en réduisant l’endettement social des générations montantes. Cependant, plus ça va, plus c’est pareil.

Un contrat social basé sur des politiques claires, réalistes et réalisables

Ce contrat social doit viser à garantir un régime de retraite viable, capable de mieux protéger les travailleurs à faible revenu.

« Une chaîne a la force de son plus faible maillon », disait mon grand-père.

La solidité d’une société se vérifie par la qualité de ses politiques en matière de santé, d’éducation, de qualité de vie et de démocratie. On le voit quand les gens votent en masse sans qu’on les y oblige, et qu’ils manifestent leur vitalité parce que leurs besoins de base sont comblés, à l’abri de la pauvreté, de la discrimination, de l’isolement, de la précarité et du handicap. Si la situation des aînés est fragile, c’est le problème de toute la société à laquelle ils appartiennent. Il s’agit d’un problème structurel qui risque d’entraîner des conséquences sur les jeunes générations. En matière de politiques publiques, il faut veiller à ce que tous aient accès aux mêmes droits et aux mêmes opportunités. Une société juste s’évertue à réduire les vulnérabilités plutôt qu’à gérer les conséquences. Des politiques redistributives adéquates se fixent comme objectifs de fournir des filets sociaux aux plus vulnérables, et de garantir un accès équitable à l’éducation, à la santé et au travail décent. Une société digne pour tous — surtout pour les personnes en situation de désavantage — est une société forte, car elle démontre sa capacité à redistribuer sa richesse collective de façon harmonieuse.