Ottawa investit 4,8 M$ pour relancer les langues autochtones aux T.N.-O.

YELLOWKNIFE — En visite dans la capitale ténoise, le ministre fédéral de l’Identité et de la Culture canadiennes, Marc Miller, a annoncé un financement de 4,8 millions de dollars pour cinq projets dirigés par des organisations autochtones. Objectif : accroître l’accès aux activités linguistiques, multiplier les programmes d’immersion et soutenir la production de contenus numériques afin de transmettre les langues aux prochaines générations.

Les langues « nous révèlent, nous aident à comprendre notre histoire et façonnent notre identité ». C’est sur cette idée que s’ouvre le communiqué de Patrimoine canadien publié vendredi, alors que la Décennie internationale des langues autochtones (2022-2032) se déploie sous l’égide des Nations Unies. Sur le terrain, ce cadre symbolique se traduit par des enveloppes destinées à des initiatives locales, parfois modestes, parfois structurantes, qui visent toutes le même enjeu : enrayer l’érosion linguistique et créer les conditions d’une transmission durable.

Selon Ottawa, les cinq projets retenus ont été sélectionnés dans le cadre de l’appel de candidatures des Premières Nations pour 2025-2026 du Programme des langues autochtones. L’approche mise de l’avant se veut flexible : elle finance à la fois des activités communautaires (rassemblements, ateliers, animation), des parcours d’apprentissage en immersion — destinés autant à la petite enfance qu’aux adultes — et des projets multimédias capables de rejoindre les locuteurs là où ils se trouvent, y compris en ligne.

À Yellowknife, Marc Miller a rencontré des représentants d’organismes communautaires ainsi que des administrations locales afin, indique le ministère, de « se renseigner sur l’important travail accompli » sur l’ensemble du territoire. Le ministre a rappelé que le gouvernement du Canada souhaite appuyer les Premières Nations, les Inuit et les Métis dans leurs efforts pour « se réapproprier, revitaliser, maintenir et renforcer » leurs langues — une terminologie désormais familière depuis l’adoption de la Loi sur les langues autochtones, sanctionnée en 2019.

Dans son communiqué, Patrimoine canadien affirme que les projets annoncés devraient « améliorer considérablement l’accès aux activités linguistiques et aux rassemblements sociaux autochtones », tout en augmentant le nombre de programmes d’immersion et l’offre de contenus multimédias dans les langues autochtones. L’enjeu est autant culturel que pratique : sans lieux d’usage quotidiens, sans enseignants et sans matériel accessible, une langue risque de se cantonner à des usages cérémoniels ou à des souvenirs fragmentaires. Les investissements visent donc à soutenir des parcours complets — de l’apprentissage à l’utilisation — en mettant l’accent sur la communauté.

« Les langues sont au cœur de notre identité », a déclaré Marc Miller, soutenant que le financement permettra à des organismes des Territoires du Nord-Ouest de s’associer aux collectivités pour « se réapproprier, protéger et transmettre » leurs langues. Le ministre voit dans ces initiatives un geste cohérent « dans l’esprit de la réconciliation et de la Loi sur les langues autochtones ».

La ministre des Relations Couronne-Autochtones, Rebecca Alty, a pour sa part insisté sur la gouvernance du financement. « Grâce à ce financement, les gouvernements et les organismes autochtones auront un accès direct aux fonds nécessaires au travail de revitalisation de leurs langues et pourront faire ce travail à leur façon », a-t-elle affirmé. Selon elle, des langues « dynamiques » contribuent à des cultures, puis à des collectivités « plus dynamiques » partout aux T.N.-O.

Cinq projets financés dans les Territoires du Nord-Ouest

  • K’ahsho Development FoundationDene Xǝdǝ: The path forward for K’asho Got’ine : 2 217 990 $ sur 5 ans (2025-2030).
  • Native Communication Society of the N.W.T.Maintaining Indigenous Languages : 1 280 000 $ sur 4 ans (2026-2030).
  • Délı̨nę Got’ı̨nę GovernmentDélı̨nę Dene Kǝdǝ́ Department Strategic Planning and Implementation : 1 052 345 $ sur 1 an (2025-2026).
  • Tłı̨chǫ GovernmentTłı̨chǫ Intergenerational Digital Storytelling Project : 202 896 $ sur 1 an (2025-2026).
  • Sahtu Dene CouncilPart-time Language Coordinator : 68 900 $ sur 1 an (2025-2026).

Au-delà des annonces régionales, Ottawa situe l’initiative dans un effort financier plus vaste. Le gouvernement du Canada rappelle avoir affecté « des sommes sans précédent » de plus de 1,4 milliard de dollars entre 2019-2020 et 2028-2029 pour soutenir la mise en œuvre de la loi, appuyer des projets menés par des Autochtones et contribuer à la création du Bureau du commissaire aux langues autochtones, un organisme indépendant.

La variété des projets retenus illustre une stratégie à plusieurs leviers. D’un côté, la coordination et la planification donnent de la cohérence à des actions dispersées, notamment lorsqu’il faut développer des cursus, recruter des formateurs ou harmoniser des ressources. De l’autre, l’immersion — particulièrement en petite enfance, mais aussi chez les adultes — mise sur l’usage intensif de la langue plutôt que sur des apprentissages ponctuels. Enfin, le numérique et le multimédia peuvent prolonger la présence d’une langue au-delà des salles de classe, en facilitant l’écoute, la lecture et la création de contenus dans la vie quotidienne.

Faits en bref

  • La Loi sur les langues autochtones a reçu la sanction royale le 21 juin 2019. Patrimoine canadien indique poursuivre la collaboration avec ses partenaires et les organismes autochtones pour la mettre en œuvre.
  • Les Nations Unies ont proclamé la période 2022-2032 comme la Décennie internationale des langues autochtones, afin d’attirer l’attention sur la perte critique de ces langues et sur le besoin urgent de les préserver, de les revitaliser et de les promouvoir au Canada et à l’international.
  • Les projets annoncés aux T.N.-O. visent notamment l’accès à des activités linguistiques, l’augmentation des programmes d’immersion et le développement de contenus multimédias dans les langues autochtones.

Pour les organisations financées, la prochaine étape consistera à transformer ces annonces en activités récurrentes — cours, rencontres, contenus et outils — capables de rejoindre les familles et d’outiller les apprenants. À Yellowknife, Ottawa mise sur l’ancrage local : des projets portés par des gouvernements et des organismes autochtones, adaptés aux réalités des communautés et pensés pour durer au-delà d’un seul cycle de financement.

source bureau du premier ministre