Les maison d’hébergement en contexte de violence conjugale ont vu leur nombre de demande augmenter depuis la pandémie. Leurs listes d’attente débordent. Ces organismes ont la volonté, mais ils sont dans l’incapacité d’accueillir plus de femmes. En contexte de violence conjugale, le besoin de se reloger pour se sentir en sécurité et pouvoir reprendre le contrôle de sa vie est crucial.
Montréal, le 23 février 2026
Par Mélissa Jean-Baptiste
Selon l’Institut de la statistique Québec, en 2024, 21 679 femmes et 6 881 hommes ont été victimes d’infractions contre la personne en contexte conjugal au Québec. Au total, 28 560 personnes ont été répertoriées. Les femmes représentent 76% des victimes, soit un peu plus de trois sur quatre. Plusieurs maisons d’hébergement, comme la Méridienne, souhaitent héberger plus de femmes, mais le financement reste difficile. L’organisme aimerait inaugurer sa maison d’hébergement de deuxième étape à l’automne 2026.

La Directrice adjointe de La Méridienne, Anne-Josée Péloquin.
Photo de courtoisie : La Méridienne
Une maison, 12 femmes
Le projet a été entamé en 202 et offrira un toit à 12 nouvelles femmes et à leurs enfants. Elle mentionne que le gouvernement provincial en finance une partie. Sa campagne de financement se poursuit jusqu’en septembre 2026 pour maximiser les fonds disponibles. Son équipe songe également à lancer une campagne de financement annuelle pour le continuum de sa mission. 50 % de sa clientèle est composée de femmes immigrantes. « Elles nécessitent un accompagnement pour leurs divers rendez-vous à l’ambassade, dans un bureau d’immigration ou chez le médecin. Nous offrons également un service d’interprétariat non financé. Chaque besoin doit être répondu équitablement », souligne madame Peloquin.
Dommages collatéraux
Selon la directrice adjointe, Anne-Josée Péloquin, l’autonomisation est un enjeu essentiel pour lutter contre la violence envers les femmes. Cependant, la crise du logement, le prix des loyers et la précarité salariale représentent un frein important.
« La violence psychologique n’est pas perceptible à l’œil nu comme la violence physique. Elle s’installe subtilement et ses impacts durent longtemps. Alors qu’une blessure physique laisse une ecchymose, la violence verbale détruit l’estime de soi », explique madame Péloquin. Pour elle, les statistiques ne recensent pas les familles et les proches de ces victimes.
Une vulnérabilité criante
En raison de leur statut précaire, les femmes immigrantes sont plus vulnérables explique la directrice. Sans la résidence permanente ou la citoyenneté canadienne, elles n’ont pas accès au régime public d’assurance médicaments (RAMQ). L’accès aux garderies pour leurs enfants et à un logement à loyer modique (HLM) leur est également refusé. Les femmes ne peuvent pas travailler, car elles doivent rester avec leurs enfants. De plus, le délai d’attente pour le renouvellement d’un permis de travail varie d’une situation à l’autre. L’immigration sépare souvent ces femmes de leur famille. « Si la demande d’immigration est au nom de leur conjoint, elles peuvent se sentir redevables ce qui complexifie la séparation et renforce le contrôle coercitif de l’homme. En moyenne, il faut sept tentatives pour quitter une relation abusive », fait remarquer la directrice.
Un discours social
Madame Peloquin rappelle que la violence conjugale est l’affaire de tous et qu’il ne faut surtout pas la banaliser. Pour elle, un changement de discours chez les hommes est absolument indispensable. « En violence conjugale, plus de femmes sont assassinées. Une prise de parole par un homme s’impose. Nous avons tous une mère, une sœur ou une cousine. Les hommes devraient aller chercher de l’aide. Tuer des femmes n’est pas la réponse », déplore la directrice adjointe.