Trop d’employés souffrent en silence au travail, et personne n’en parle. (Un article de Yvelise)
En ce jeudi matin de juillet 2025, Jennifer Harris, mère célibataire dévouée de six enfants et employée fidèle d’un fast food de Montréal depuis 15 ans, a perdu la vie à la suite d’une altercation avec une collègue qui a tourné au drame.
L’accusée, Afeni Muhammad, 26 ans, fait maintenant face à une accusation de meurtre au premier degré.
C’est une tragédie déchirante qui laisse deux familles dévastées. Les enfants de Jennifer sont désormais privés de leur mère, et Afeni passera probablement une grande partie de sa vie derrière les barreaux. Il n’y a pas de gagnants ici : seulement de la perte et des regrets.
Et si rien n’excuse les gestes violents qui ont mis fin à la vie de Jennifer, il est temps d’affronter une dure réalité : de nombreux milieux de travail entretiennent des environnements qui déshumanisent les employés, les poussent à leurs limites mentales et émotionnelles, et ignorent leurs appels à l’aide jusqu’à ce qu’il soit trop tard.
Trop de travailleurs — surtout dans des secteurs à bas salaire comme la restauration rapide et le commerce de détail — se présentent chaque jour en portant des fardeaux invisibles. Pour certains, leur emploi est la seule chose qui leur permet de tenir financièrement. D’autres jonglent avec la monoparentalité, des difficultés de santé mentale, ou tentent simplement de survivre d’une paie à l’autre.
Et pourtant, au lieu de trouver du respect et du soutien au travail, plusieurs se heurtent à la condescendance, à l’intimidation et à un climat de gestion toxique. Certains gestionnaires semblent oublier qu’être en position d’autorité, c’est soutenir les autres — pas les rabaisser. Ils menacent de réduire les heures, rabaissent des employés devant les autres et les traitent comme s’ils étaient jetables.
Dans les jours précédant cette tragédie, Afeni aurait publié des vidéos dans lesquelles elle accusait sa gestionnaire de l’avoir malmenée verbalement et de « jouer avec son gagne-pain ». Cela n’excuse en rien ce qu’elle a fait — rien ne peut l’excuser — mais cela montre comment un milieu de travail toxique peut pousser quelqu’un qui est déjà en difficulté à franchir la ligne.
Trop souvent, des employés qui se sentent impuissants et pris au piège deviennent désespérés. Et lorsque la santé mentale est déjà fragile, même de petits gestes d’irrespect peuvent être perçus comme de grandes trahisons. Les personnes en position de gestion doivent comprendre que la manière dont elles traitent leurs employés compte — parfois plus qu’elles ne le sauront jamais.
C’est facile de dire « vous n’avez qu’à quitter » si la façon dont on vous traite ne vous convient pas. Mais pour beaucoup de travailleurs, quitter n’est pas une option. C’est leur seule source de revenu. C’est comme ça qu’ils nourrissent leurs enfants. Ce sentiment d’être pris au piège, combiné au manque de respect et à l’humiliation, peut mener à de dangereux points de rupture.
Jennifer Harris ne méritait pas de perdre la vie. Ses enfants ne méritaient pas de perdre leur mère. Et Afeni n’avait pas à gâcher la sienne.
On ne peut pas changer ce qui s’est passé, mais on peut commencer à écouter. On peut commencer à traiter les employés comme des êtres humains. On peut aussi commencer à tenir les gestionnaires responsables de la façon dont ils utilisent (ou abusent) de leur autorité.
Le respect ne coûte rien, mais il peut sauver des vies.
Que cette tragédie serve donc d’électrochoc pour tous les milieux de travail : la gentillesse, l’empathie et le respect ne devraient jamais être facultatifs. On ne sait jamais ce que quelqu’un traverse derrière l’uniforme.
Repose en paix, Jennifer Harris. Puissent ton histoire et ta mémoire nous rappeler que la façon dont on se traite — surtout au travail — peut tout changer.