Budget du Québec 2026-2027 : la FCEI juge le plan « sobre » et peu favorable aux PME
L’organisation estime que le budget déposé mardi par le ministre des Finances, Eric Girard, ne s’attaque pas aux principaux freins à la productivité et à la croissance des petites et moyennes entreprises, malgré un contexte économique jugé difficile en 2025.
Montréal — La Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) a accueilli avec réserve le budget du Québec 2026-2027 présenté mardi à l’Assemblée nationale par le ministre des Finances, Eric Girard. Dans une réaction transmise en fin de journée, l’organisation patronale parle d’un budget « sobre », mais surtout « sans saveur et sans couleur » pour les petites et moyennes entreprises (PME), auxquelles il manquerait des mesures structurantes pour alléger la fiscalité et simplifier l’environnement d’affaires.
La FCEI rappelle que 2025 a été une année « compliquée » pour de nombreuses entreprises de petite taille. Elle évoque notamment la guerre tarifaire, la pression sur les coûts et une demande en baisse. Dans son dernier baromètre des affaires, l’indice de confiance des PME québécoises aurait reculé à 47,7, un niveau que la fédération qualifie de deuxième pire résultat en 16 ans. À titre comparatif, l’organisation estime qu’une économie « roule à plein régime » lorsque cet indicateur se situe autour de 65.
Dans son discours, Eric Girard a dit vouloir « miser sur un environnement d’affaires compétitif », citant un cadre réglementaire « simple et stable », un accès au capital d’investissement et une « fiscalité concurrentielle ». Or, selon la FCEI, le budget ne traduit pas ces intentions en gestes concrets pour la majorité des PME. L’organisation pointe l’absence de mesures « ambitieuses » pour réduire le fardeau fiscal des petites entreprises — qu’elle décrit comme le plus lourd au Canada —, le maintien de la taxe carbone, qu’elle présente comme unique au pays, ainsi que l’absence d’allègement administratif additionnel malgré des demandes répétées du milieu.
La fédération reproche aussi au gouvernement une approche interventionniste qui « choisit les gagnants », c’est-à-dire un soutien ciblé vers certains secteurs ou projets jugés prioritaires. « Si le gouvernement souhaite prioriser l’appui des entreprises, en particulier des PME, il doit s’attaquer à son régime fiscal injuste et à son système réglementaire et administrative handicapant. Ce budget est encore une occasion manquée », a déclaré François Vincent, vice-président pour le Québec à la FCEI.
Le budget comporte néanmoins des enveloppes que la FCEI qualifie d’utiles, tout en jugeant leur portée limitée. Québec prévoit 410 millions de dollars sur cinq ans pour stimuler la réalisation de projets d’investissement : 270 millions serviraient à bonifier le Fonds du développement économique et 105 millions seraient dirigés vers le programme ESSOR. Pour la fédération, ces sommes pourront appuyer certains dossiers, mais elles « ne touchent pas l’ensemble des PME », en plus de confirmer, selon elle, une logique de sélection des projets selon des critères gouvernementaux de priorité ou de « fort potentiel ».
La FCEI relève aussi des investissements totalisant 580 millions de dollars sur cinq ans annoncés « pour les PME ». Selon son communiqué, ces montants visent principalement l’industrie forestière, l’accélération du développement du secteur touristique ainsi que l’appui aux régions. La fédération y voit des « bonnes nouvelles » pour des secteurs qui en ont besoin, mais soutient que l’effort demeure modeste au regard des défis de productivité et de compétitivité auxquels font face les entreprises qui constituent, dit-elle, la « colonne vertébrale » de l’économie régionale.
Parmi les mesures accueillies favorablement, la fédération mentionne également la création de 5000 places en garderies subventionnées. Sans s’étendre sur les détails, l’organisation laisse entendre qu’un meilleur accès aux services de garde peut faciliter la participation au marché du travail et, par ricochet, atténuer certaines tensions de main-d’œuvre qui touchent aussi les PME.
Sur le plan des finances publiques, la FCEI dit « se réjouir » de la révision du déficit annoncée par Québec, rappelant qu’un déficit aujourd’hui peut se traduire, demain, par une hausse des taxes ou des impôts. Elle salue la volonté affichée de revenir à l’équilibre budgétaire et de réduire la dette publique. Mais, insiste-t-elle, l’atteinte de ces objectifs devrait passer par des mesures économiques misant davantage sur les PME, ce que l’organisation juge absent du budget.
La présidente du Conseil du trésor a par ailleurs réitéré son engagement à réduire les effectifs de l’État de 5000 équivalents temps complet (ETC). La fédération y voit un signal allant dans le sens de ses demandes visant à améliorer l’efficacité de l’administration publique et, ultimement, à réduire la lourdeur administrative souvent dénoncée par les entrepreneurs.
Dans son sondage prébudgétaire, la FCEI affirme que neuf dirigeants de PME sur dix disaient ne rien attendre du budget. Une proportion similaire estimait que le gouvernement ne comprenait pas comment aider les entreprises à accroître leur productivité. « Il faut croire que le ministre n’a pas voulu les contredire », a conclu François Vincent.
La fédération indique qu’elle poursuivra son analyse du budget au cours des prochains jours et qu’elle continuera de plaider pour des mesures visant, entre autres, la réduction du fardeau fiscal et un allègement réglementaire plus marqué afin de soutenir la relance et la croissance des PME au Québec.