La FCCQ déplore un « rendez-vous raté » pour stimuler l’investissement privé

La Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ) juge que le budget déposé par le ministre des Finances, Éric Girard, mise trop sur des enveloppes ciblées et pas assez sur des mesures structurantes pour relancer l’investissement des entreprises. Selon l’organisation, l’État devrait plutôt réduire le fardeau fiscal et simplifier l’accès aux programmes afin de redonner aux PME la marge de manœuvre nécessaire pour moderniser leurs équipements et gagner en compétitivité.

Québec — La réaction du milieu des affaires ne s’est pas fait attendre après le dépôt du budget provincial. À la lecture des mesures présentées, la FCCQ estime que le gouvernement choisit d’orienter son action vers des interventions ciblées, là où les entreprises réclament plutôt un allègement durable des coûts et des règles qui freinent leurs projets.

« L’ajout de sommes d’argent dans différents programmes ciblés ne va ni alléger le fardeau fiscal trop élevé de nos entreprises, ni réduire la complexité bureaucratique pour avoir accès à ces sommes. Les entreprises sont conscientes de l’état précaire des finances publiques. Leur attente est que l’État en fasse moins et leur laisse la marge de manœuvre nécessaire pour investir et augmenter leur compétitivité. Une baisse du taux d’impôt serait beaucoup plus structurante, c’est donc un rendez-vous raté », a affirmé Véronique Proulx, présidente-directrice générale de la FCCQ.

Dans sa réaction, la fédération soutient que la plupart des mesures annoncées auront « peu ou pas d’impact » sur la stimulation de l’investissement privé. Pour l’organisme, l’enjeu dépasse la multiplication de crédits et de fonds dédiés : la pression fiscale et les démarches administratives pèseraient davantage sur les décisions d’investissement que l’existence de nouveaux programmes, particulièrement dans un contexte où les entreprises doivent composer avec des coûts en hausse et une rareté persistante de main-d’œuvre.

La FCCQ reconnaît néanmoins certains gains pour des secteurs confrontés à des difficultés majeures. Parmi les annonces retenues, elle note la bonification de 40 M\$ du crédit d’impôt pour les médias, une mesure désormais étendue à la télévision et à la radio. L’organisation, qui réclamait cet élargissement, y voit un outil supplémentaire pour soutenir l’information locale et le dynamisme des régions.

Autre volet salué : les mesures visant la filière forestière. Le budget prévoit l’abolition de la redevance annuelle, un appui accru aux travaux sylvicoles ainsi qu’une aide de 60 M\$ au fonds de roulement des entreprises de transformation du bois. Pour la FCCQ, il s’agit d’un signal important envers une industrie considérée comme vitale dans plusieurs communautés, où la transformation occupe une place centrale dans l’économie régionale.

La fédération souligne aussi l’ajout de 1 G\$ pour appuyer des projets liés aux minéraux critiques et stratégiques, une enveloppe qu’elle juge cruciale à la fois pour l’industrie de la défense et pour le secteur énergétique. Un autre ajout de 1 G\$ visant à favoriser le repreneuriat est également accueilli favorablement, même si la FCCQ estime que les critères annoncés pourraient, d’emblée, exclure un nombre important de PME qui cherchent à planifier une transition ou une relève.

Infrastructures : financer, mais surtout démarrer

Sur le front des infrastructures, la FCCQ rappelle que les investissements publics demeurent des leviers majeurs pour le développement économique régional, la mobilité de la main-d’œuvre et l’accès à de nouveaux marchés. Elle accueille donc positivement l’ajout de 3 G\$ au Plan québécois des infrastructures (PQI), en soulignant toutefois que la grande majorité de cette somme (71 %) est destinée à la rénovation de structures existantes.

Selon la fédération, le défi n’est pas uniquement de prévoir des crédits dans les plans gouvernementaux, mais de lancer les chantiers et de les mener à terme. « Les entreprises constatent depuis quelques années que, même quand des projets disposent du financement public nécessaire dans le PQI, le gouvernement ne les démarre pas ou les arrête en cours de route. Les entreprises ont besoin de prévisibilité, pas d’un stop and go continuel, afin de planifier leurs besoins de main-d’œuvre, de machinerie et de matériaux. Le PQI est un levier de développement économique régional important », a déclaré Véronique Proulx.

Équilibre budgétaire : une trajectoire encore floue

La FCCQ note comme élément positif la révision à la baisse du déficit pour l’exercice qui se termine, de même que celle du déficit projeté pour l’année à venir. L’organisation demeure toutefois prudente quant au retour à l’équilibre budgétaire. Elle estime que la trajectoire reste incertaine, puisque des réductions de dépenses ou des hausses de revenus restent à identifier pour les années subséquentes afin d’atteindre l’objectif d’un équilibre d’ici 2030. Pour la fédération, cette réalité renforce l’importance de stimuler davantage l’investissement privé pour faire croître l’économie, notamment par une réduction du fardeau fiscal des entreprises.

Immigration : des prévisions qui confirment les tensions sur la main-d’œuvre

La fédération attire aussi l’attention sur le diagnostic contenu dans le plan budgétaire. Face au vieillissement de la population et à la réduction de l’immigration, le document indique que « certains secteurs pourraient connaître des pénuries de main-d’œuvre, ce qui rendrait le recrutement plus difficile et pourrait exercer des pressions sur les salaires ». Pour la FCCQ, ces prévisions confirment les difficultés vécues par des entreprises dans toutes les régions du Québec. Elle plaide pour une hausse des seuils d’immigration permanente, le maintien du nombre de travailleurs étrangers temporaires et le retour du Programme de l’expérience québécoise (PEQ) afin d’alléger la pression sur le recrutement.

Marchés publics : une stratégie attendue « de pied ferme »

Enfin, la FCCQ dit attendre avec intérêt la nouvelle stratégie gouvernementale des marchés publics annoncée par la présidente du Conseil du trésor, France-Élaine Duranceau. L’organisation rappelle que, depuis dix ans, le Québec ne s’approvisionne en biens auprès de contractants québécois qu’à hauteur de 46 % en moyenne, une part qu’elle juge stagnante (47 % en 2024-2025). Elle souligne aussi que cet indicateur repose sur la présence des entreprises sur le territoire québécois, plutôt que sur le contenu local réel des produits achetés, une nuance qui, selon elle, devrait être mieux prise en compte dans la future stratégie.

Au-delà des annonces sectorielles, la fédération insiste sur ce qu’elle considère comme le cœur du problème : un environnement d’affaires où la fiscalité et la complexité des programmes limitent la capacité d’investir rapidement. Dans l’optique de la FCCQ, une baisse du taux d’impôt des sociétés et un allègement administratif auraient davantage d’effet sur la productivité et la compétitivité que l’empilement de mesures ponctuelles, surtout dans un contexte de finances publiques serrées.

À propos de la FCCQ

Grâce à un réseau de 120 chambres de commerce et près de 1 000 entreprises membres, la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ) dit représenter plus de 45 000 entreprises, dans tous les secteurs de l’économie et sur l’ensemble du territoire québécois. Se présentant comme le plus important réseau de gens d’affaires du Québec, elle agit à la fois comme fédération de chambres de commerce et comme chambre de commerce provinciale, avec pour objectif de favoriser un environnement d’affaires innovant et concurrentiel.

SOURCE : Fédération des chambres de commerce du Québec