Ottawa appelé à briser le silence face au resserrement du blocus américain contre Cuba

Un article de Stéphane Doucet

La récente escalade des sanctions économiques imposées par les États-Unis à Cuba suscite de vives inquiétudes, tant pour la population cubaine que pour la communauté internationale. À Montréal, à la fois la population québécoise dans son ensemble, qui maintient un lien privilégié avec Cuba, ainsi que la communauté haïtienne de celle-ci, qui connaît très bien l’engagement de Cuba en solidarité avec Haïti, se sentent particulièrement interpellées par le blocus et la crise humanitaire qui en découle. 

Depuis le décret du 29 janvier, qui restreint sévèrement les livraisons de carburant vers l’île, la situation humanitaire se détériore à un rythme alarmant. Selon des observateurs, les importations de pétrole auraient chuté de plus de 75 % en l’espace d’un mois. Les conséquences sont immédiates : les hôpitaux, qui dépendent de générateurs, manquent de carburant pour fonctionner, et les coupures d’électricité peuvent atteindre 16 heures par jour. Ces pénuries mettent en péril les soins aux patients, la chaîne de froid alimentaire et l’ensemble de la production agricole locale.

Pour les critiques de cette politique, il ne s’agit pas d’un dommage collatéral, mais d’une stratégie délibérée. « C’est un génocide économique visant à provoquer la capitulation par la famine et la souffrance », dénonce le Parti communiste du Canada. Ce blocus, qui dure depuis plus de 60 ans, est régulièrement condamné par l’Assemblée générale des Nations unies, qui vote chaque année massivement pour sa levée.

Pourquoi un tel acharnement ? Aux yeux de ses partisans, le « crime » de Cuba est d’avoir choisi la voie de l’autodétermination. En expropriant les entreprises étrangères et en éliminant l’extrême pauvreté et l’analphabétisme, le régime castriste a construit un modèle socialiste qui, malgré les difficultés, a réussi à offrir à sa population une éducation et une santé gratuites, avec une espérance de vie comparable à celle des pays développés. Une réussite qui dérange, disent-ils, et qu’il faut étouffer.

En ce qui concerne Haïti, selon des sources cubaines, 448 355 Haïtiens ont été alphabétisés grâce aux programmes cubains en sol haïtien, et 1 606 jeunes ont été formés dans les universités cubaines. Cuba maintient une brigade de professionnels et de techniciens de santé depuis 1998, soit presque 30 ans sans interruption, entre les tremblements de terre, la choléra et la COVID-19. Ces équipes ont entre autres administré plus d’un million de vaccins en date de 2024, et assisté avec plus de 200 000 naissances. Cuba a aussi collaboré dans le domaine de l’agriculture, du sport, en plus d’appuyer sans relâche la souveraineté de ce pays, qui tout comme Cuba, fait l’objet d’ingérence étrangère et de magouilles venant tout particulièrement des USA. 

Malgré (ou est-ce à cause de?) cet engagement humaniste et solidaire, Cuba fait l’objet d’une guerre économique génocidaire. Pendant ce temps, le gouvernement canadien reste discret. Interpellée aux Communes, la ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, s’est contentée de répondre que les services consulaires étaient prêts à aider les Canadiens se trouvant sur l’île. Une réponse jugée indigne par les militants pro-Cuba, qui y voient une forme de complicité face à une catastrophe humanitaire évitable. « Devant une agression délibérée, la seule préoccupation d’Ottawa semble être le confort des touristes », déplore-t-on.

Pourtant, le Canada entretient des liens historiques avec Cuba, malgré les pressions américaines. Les Canadiens sont les deuxièmes investisseurs étrangers dans le pays et constituent le premier contingent de visiteurs dans les Caraïbes. Pour les défenseurs de la souveraineté cubaine, cette relation privilégiée impose au Canada d’agir.

Des mesures concrètes sont réclamées, notamment de condamner sans équivoque le terrorisme économique qu’est le blocus; envoyer du pétrole; rétablir les vols des compagnies canadiennes (pourquoi les vols de l’Europe, pourtant bien plus éloignée, continuent-ils?); et participer à la coordination d’une réponse internationale à la pression de Trump.

Le premier ministre Mark Carney, dans un discours à Davos, avait appelé à un « nouvel ordre mondial fondé sur la souveraineté, l’intégrité territoriale et les droits humains ». C’est maintenant l’occasion de passer des paroles aux actes. Il est temps que le Canada soit fidèle à ses principes. 

Les organisations syndicales et populaires doivent mettre la pression pour mener ce combat à bien, dans notre propre pays, en appui à nos frères et sœurs à Cuba. Défendre Cuba, c’est défendre le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. 

Stéphane Doucet