: la pression monte, Québec n’offre aux OCASSS qu’environ 6 500 $ chacun

La TRPOCB juge insuffisant le rehaussement de 20 M$ prévu au PSOC pour la mission globale. Alors que plus de 1 300 organismes se préparent à débrayer dès la semaine prochaine, le milieu communautaire dénonce un budget qui ne change « rien » sur le terrain.

 Le budget 2026-2027 du gouvernement du Québec laisse un goût amer au réseau communautaire en santé et services sociaux. Selon la Table des regroupements provinciaux d’organismes communautaires et bénévoles (TRPOCB), l’annonce d’un rehaussement de 20 millions de dollars à l’enveloppe annuelle du Programme de soutien aux organismes communautaires (PSOC) pour la mission globale est loin de répondre à l’urgence vécue sur le terrain. Rapportée aux quelque 3 000 organismes concernés, la bonification représenterait en moyenne autour de 6 500 $ par organisme pour la prochaine année — une somme jugée dérisoire au regard des besoins, de l’inflation et de la hausse de la demande.

Dans son communiqué diffusé le 18 mars, la TRPOCB soutient que la mesure annoncée ne modifiera pratiquement pas les conditions de fonctionnement des groupes. L’enveloppe actuelle destinée à la mission globale du PSOC se situe à 955 M$. « N’y ajouter que 20 M$ ne fait pas de différence dans le quotidien des groupes », résume l’organisation, qui représente des regroupements provinciaux d’organismes communautaires et bénévoles.

Les organismes communautaires autonomes du domaine de la santé et des services sociaux (OCASSS) constituent, rappelle la TRPOCB, un maillon essentiel de l’accès à des services de proximité : entraide, accompagnement, soutien psychosocial, défense de droits, prévention et interventions auprès de populations souvent plus vulnérables. Ensemble, ces organismes rejoignent près du tiers de la population du Québec, ce qui place le financement de leur mission au cœur des enjeux de santé publique et de cohésion sociale.

Le milieu réclame depuis des années un rattrapage majeur. La bonification de 20 M$ annoncée cette année représente à peine 1 % du 1,7 milliard de dollars revendiqué par la campagne CA$$$H (Communautaire autonome en santé et services sociaux – Haussez le financement). « À ce rythme, il faudrait 85 budgets pour atteindre l’objectif fixé par le milieu », illustre la TRPOCB, en reprenant un calcul qui traduit l’écart entre les attentes et les choix budgétaires.

Sur le terrain, l’écart se mesure en heures d’ouverture réduites, en listes d’attente qui s’allongent et en difficulté à conserver du personnel qualifié. Plusieurs groupes, affirme la TRPOCB, peinent à offrir des conditions salariales concurrentielles, alors que la complexité des situations rencontrées augmente. Les coûts fixes — loyers, assurances, transport, fournitures, technologies — grugent aussi une part croissante des budgets. Dans ce contexte, une hausse moyenne de 6 500 $ risque d’être absorbée rapidement, sans permettre d’améliorer durablement les services ou de stabiliser les équipes.

Cette annonce survient au moment où la pression s’intensifie dans le réseau communautaire. Plus de 1 300 groupes s’apprêtent à débrayer à compter de la semaine prochaine, à l’appel du mouvement Le Communautaire à boutte. Pour des organismes dont la mission consiste justement à maintenir des services et des liens de solidarité, recourir à un arrêt de travail demeure une mesure exceptionnelle. « Pour des groupes communautaires, recourir à la grève n’est pas anodin; cela démontre qu’ils sont à bout de patience », souligne la TRPOCB.

La mobilisation vise à rappeler que le financement à la mission — et non seulement par projets ponctuels — est ce qui permet de répondre à des besoins changeants : accueillir, écouter, orienter, intervenir rapidement lorsque des personnes vivent une rupture, une détresse ou une situation d’isolement. Les groupes réclament un financement prévisible et à la hauteur de leur rôle, afin d’éviter l’effet « porte tournante » qui se traduit par des départs fréquents, une perte d’expertise et une rupture de services. Ils insistent aussi sur l’importance de préserver leur autonomie d’action, considérée comme une condition pour rejoindre les personnes qui ne se reconnaissent pas toujours dans les structures institutionnelles.

Pour la TRPOCB, le message envoyé est d’autant plus difficile à accepter qu’il arrive en pleine montée de la demande d’aide. La détresse psychologique, l’insécurité alimentaire, les difficultés de logement et l’isolement social demeurent des réalités quotidiennes, martèlent plusieurs acteurs du milieu depuis des mois. Dans ces conditions, un budget qualifié de « décevant » est aussi perçu comme « insultant » par l’organisation, qui y voit un manque de reconnaissance du travail effectué et des économies indirectes réalisées par l’État lorsque les organismes prennent en charge des besoins non comblés ailleurs.

Sans avancer de scénario détaillé sur la suite des actions, la TRPOCB et ses membres réitèrent que l’objectif de la campagne CA$$$H demeure le rattrapage du financement à la mission globale, à l’échelle de 1,7 G$, afin de permettre aux OCASSS de remplir leur mandat de façon stable et durable. À court terme, le mouvement Le Communautaire à boutte prévoit maintenir la pression au cours des prochaines semaines. Dans l’immédiat, le débat se déplace du tableau budgétaire vers la rue — et vers une question de fond : quel prix le Québec est-il prêt à payer pour assurer, partout sur le territoire, des services communautaires accessibles qui rejoignent déjà une personne sur trois?